Maman je t’aime,

Ces dernières années ont été terribles pour toi, je n’ose imaginer ce que tu as enduré, te sentant diminuer petit à petit à cause de cette maladie horrible contre laquelle nous sommes impuissants. Nous n’avons pu que t’accompagner et te voir chaque jour partir un peu plus. J’ose espérer que malgré tout tu as gardé conscience des personnes qui sont passées te voir, te parler, te prendre la main. Un petit rien de réconfort peut être, même si je sais que ce n’est pas grand-chose au regard des souffrances que tu as subi. Je ne sais pas si, pendant ces derniers jours tu as senti ma présence, tu as entendu ma voix quand je te lisais Don Quichotte ou celle de Renaud te chantant Mistral Gagnant. Au fond de moi je l’espérai un peu, au moins que tu saches que tu n’étais pas seule.

Tu as toujours été là pour nous, Eric et moi, souvent très inquiète quand on partait faire la fête très tard dans la nuit. Tu finissais par t’endormir uniquement quand tu entendais la porte qui annonçait notre retour. Et même si c’était 4 ou 5 heures du matin. J’ai su aussi à quel point tu t’inquiétais et que tu n’aimais pas quand j’allais faire du saut en parachute, quelle idée aussi. Ça a dû être un soulagement pour toi quand j’ai arrêté.

Si je suis devenu l’homme que je suis, avec je pense de bonnes valeurs, de tolérance, de respect, c’est en grande partie grâce à toi, qui m’a transmis tout cela.

Je ne veux pas garder cette image de toi sur les dernières années douloureuses mais celle d’une femme épanouie, aimante, douce, peut être parfois un peu trop protectrice mais qui en voudrait à une mère d’être protectrice envers ses enfants.

Je me rappelle nettement le jour où tu as découvert qu’on fumait, même là tu es restée calme et nous a même demandé une cigarette tout en t’inquiétant que l’on ne fume pas trop quand même. Ou encore cette fois ou j’étais rentré très alcoolisé, un père d’un copain était venu me ramener. Je t’ai entendu dire, quand même, que c’était un peu tôt pour être dans cet état (il n’était même pas 22 heures).

J’ai un souvenir particulièrement fort des trajets avec toi pour aller à La Rochelle, longs mais la promesse de bonnes vacances en valait la peine. Tous ces moments avec Toi et Mamie à la maison de saint soulle, son bac à Sable, sa balançoire ou je me suis cassé le bras. Les promenades ensemble sur le port de la Rochelle ou à la Plage à jouer au ballon. Ta maman était un exemple de gentillesse et de douceur tout comme toi.

Tu me racontais que la seule fois où tu m’as grondé très fort c’est quand j’ai cassé un service de cristal dans un magasin, je devais être un peu trop excité. Mais tu m’as dit aussi que c’était surtout parce que tu avais eu très peur qu’il me soit arrivé quelque chose. Tu as dû acheter le reste du service qui était encore intacte, et que j’ai gardé.

Tu aimais marcher, et j’ai aussi ces souvenirs des bauges, les balades parfois dures mais qui garantissaient comme récompense des vues à couper le souffle sur cette magnifique région. Tu aimais ça, nous faire découvrir, apprécier et respecter la montagne et la nature.

Tu aimais voyager aussi. Dans ce qui te restait de conscience du monde tu m’as transmis encore il y a quelques mois quelques souvenirs de ton voyage à Lisbonne ou tu m’as même conseillé des visites, que j’ai suivi bien sûr. Quand je t’ai posé la question quel a été ton voyage préféré, ton visage s’est illuminé, tu m’as souri et sans hésiter tu m’as répondu, « la Norvège ». Ça a été un pur moment magique pour moi, j’avais réussi à te connecter à moi pendant plusieurs minutes, et je voyais en toi du plaisir à me raconter les merveilles qu’offrent ce pays.

Je veux garder ces souvenirs de tous les moments partagés auprès de toi, ton sourire ta joie, ta bonne humeur, ta douceur et ton enthousiasme. Ce sont des qualités que j’ai toujours vu en toi.

Je crois que je ne te l’ai pas assez dit, maman je t’aime et tu garderas pour le restant de ma vie une place privilégiée dans mon cœur et dans mes pensées.

Nicolas