HENNEZEL

 

Ce village de l'ancien duché de Lorraine est très ancien. Sous l'occupation romaine, il portait le nom de "VIAMANSILIS". Il est situé sur le versant et au pied du Ménamont où la Saône prend sa source, dans la forêt de Darney, où viendront s'installer les gentilshommes verriers.

 

 L'Art de la Verrerie est une des gloires particulières de la Bohème. Les vastes forêts de la Vôge furent colonisées il y a près de 600 ans par des familles qui se disaient originaires de Bohême. Ces familles ont donné, pendant plusieurs siècles dans cette région  un grand essor à l'industrie, au commerce et à l'agriculture.

 

Une tradition constante et très ancienne rapporte en effet qu'au  XIV° siècle, un duc de Lorraine (peut être le duc Raoul, tué à la bataille de Crécy aux côtés du roi de Bohême, Jean de Luxembourg; ou son petit fils, le duc Charles II, dit le Hardi, époux de  Marguerite de Bavière) désireux de mettre en valeur les forêts impénétrables qui s'étendaient entre le Coney et la Saône, avait fait venir des frontières de la Bohême (Graslitz et Winterberg) et de la Bavière, des maîtres verriers pour implanter leur industrie dans cette région...

 

Au XV° siècle, ces verriers formaient 4 familles qui portaient les noms de Hennezel et de Thietrich (primitivement Hânsel qui veut dire "petit-jean et Thietrich ou Dietrich, forme de Théodoric) et les noms de  Thysac et de Bisevalle, qui semblent dériver de surnoms.

 

Ces familles ont toujours dit qu'elles avaient une souche commune. Elles avaient rang de gentilshommes et portaient le même blason que la ville de Darney : un écu à trois glands, pour rappeler les forêts séculaires où elles s'étaient établies.

 

Les armes de la ville de Darney sont "d'azur à trois glands montants d'or, feuillés et tigés du même ».

 

D’après des études sérieuses menées tant en Bohème par le Docteur Bedrich Meudl  de l’Université de Prague qu’en France, il apparaît que l’on peut situer le verre en Lorraine de ces maîtres verriers entre 1390 et 1410.

 

Ils étaient verriers dit de « grand verre », c'est-à-dire qu’ils fabriquaient des verres à vitre et à vitraux par le procédé dit à « manchon », ou encore à la façon de Bohême dont ces 4 familles avaient le privilège.

 

Ces gentilshommes possédaient depuis « la nuit des temps » un secret  de fabrication et des tours de main. Ils se les transmettaient de père en fils qu’un verrier ne descendant pas de ces familles n’avait pas le droit de connaître. Cette transmission du secret donnait lieu à un serment dont la curieuse formule fut en usage jusqu’au XVII° siècle (Voir les archives de l’état de Namur – Protocole du Notaire Darment : le serment de Christophe d’Hennezel de garder le secret de l’art de verrerie, 15 Août 1649).

 

La charte des verriers du 25 juin 1448 fut octroyée à la demande de :

 

-         Pierre Brysonale, fils de Jean Brysonale (c'est-à-dire Bisevalle)

-         Herry Fils

-         Nicholas Mengin

-         Jacob

-         Guillaume de Tyson et Jehan son fils

 

et de verriers et ouvriers des verreries ci-après :

 

A/ Briseverre (Verrerie de Briseverre ou Biseval)

B/ Des enfants, c'est-à-dire « verrerie de Pierre Thiétry » ou la « grosse Verrière » (près de Hennezel). 

Fils et petit fils du fondateur (Colin fils – Nicolas et Henri son frère).

C/ Jacob ou Jacquot, ou Henri Jacquot (verrerie de Henricel) qui appartenait à Mengin Jacob et Henri son fils.

D/ Jean Hendel (Jehan Hennezel), c'est-à-dire la verrerie de Hennezel.

 

En 1448, cette verrerie (qui a donné son nom au village de Hennezel) est « vague », c'est-à-dire abandonnée, mais elle va être réparée. Elle est habitée par Guillaume et Jehan I du Thysac. En 1469, lors du renouvellement de la Charte, elle est habitée par Jehan de Hennezel et ses 3 fils : Claude I, Didier I et Jehan II d’Hennezel qui fondèrent en 1501 la verrière du Fay de Belrupt dite du « Tourchon » (appelée par la suite et improprement le Torchon). En 1448, ces 4 verrières étaient en ruine du « fait de guerre ».

 

Il semble bien que le premier four édifié fut celui de Hennezel.

 

Par la suite, une trentaine d’autorisations ducales furent données pour la mise à feu de fours à verre en forêt de Darney (1475 à 1731).

 

Il est certain que ces verreries ont donné naissance à de vrais villages dont plusieurs existent encore. Il suffit de regarder la carte pour se rendre compte des étendues considérables de terrains qu’ont défrichés les verriers et les multiples étangs qu’ils ont créés, les villages, hameaux, fermes qui doivent leur existence aux familles qui se disaient originaires de Bohême. L’influence de ces gentilshommes s’étendit, en outre, à beaucoup d’autres localités, car au XVI° siècle, la prospérité de leur industrie permit aux verriers de posséder des fiefs dans toute la région et plus tard hors de Lorraine.

 

L’ardeur des gentilshommes verriers ne tarda pas à déborder le duché. Bientôt les plus hardis d’entre eux, avec une énergie et un esprit d’initiative qui étonnent, n’hésitèrent pas à s’expatrier périodiquement pour implanter leur art de « grands verre carré ou en table » dans les pays les plus lointains.

 

De la fin du XV° jusqu’au XVIII° siècle, on trouve des verriers de la forêt de Darney, en Italie, en Picardie, en Angleterre, en Suisse, dans la Sarre, le comté de Bitche, la principauté des Deux-Ponts, les Pays-bas, le Nivernais, le Languedoc etc …

 

Les verriers se dispersaient toujours au gré de leurs intérêts : leur industrie était essentiellement portative. La forêt donnait le combustible, l'eau, le sable et surtout la fougère dont la cendre fournissait l'alcali nécessaire (d'où l' expression : verre de fougère).

Malgré les difficultés de communication (absence ou presque de routes, temps troublés par les guerres, routes peu sûres...) le cheval était le moyen de se déplacer, les verriers circulaient avec une incroyable facilité d'un bout de la France à l'autre.

Ils voyageaient pour établir ailleurs leur industrie ou pour faire des saisons de travail.

Certains allaient remettre en activité d'anciennes verreries, mises à leur disposition pour y fabriquer l'approvisionnement de toute une région, puis rentraient à leur verrière d'origine en forêt de Darney.

Les fours étaient en activité d'octobre au printemps.

Les verriers lorrains étaient précis et organisateurs, et n'acceptaient ces campagnes de travail qu'après avoir passé devant notaire des contrats fort bien faits. Un contrat était également passé entre les membres de l'équipe de déplacement (voir archive du Hainaut, du Nivernais, de Lorraine etc... ) .

Quand la campagne doit être longue et lointaine, le chef emmène sa famille, ils vont de préférence dans les contrées dépendant de la souveraineté des princes qui leur ont octroyé leurs privilèges primitifs. Les Lorrains viennent en Thiérache au XVI° siècle, car depuis 200 ans, le duché de Guise était l'apanage des cadets de la "maison" de Lorraine.

Au XVII° siècle, ils iront à Bruxelles et aux Pays-Bas, parce que le Prince s'y trouvait réfugié .

L' origine de ces exodes était le nombre sans cesse croissant de leurs descendants. Le XVI° siècle fut prospère et correspond aussi à L'accroissement prodigieux de ces familles : multiplication des verrières, dévastation de la forêt pour y établir des cultures de subsistances, mévente du verre. Des conversions au protestantisme ( La Lorraine était très catholique). Plus tard : au XVII° siècles, dévastations de la guerre de Trente Ans.
 

La Vôge est bien la « patrie » des Hennezel, comme le fait remarquer feu le Comte d’Hennezel d’Ormois dans son « voyage au pays des ancêtres », étude manuscrite (ou dactylographiée en 5 exemplaires), qui est une mine extraordinaire de renseignements généalogiques, historiques, topographiques, un hommage grandiose au rôle et à l’histoire des grandes famille verrières

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