MON BILAN

Contrarié depuis quelques mois devant ces échecs successifs, comme le désintéressement presque total des festivals, de mon entourage immédiat (mes voisins, mes relations personnelles, ma famille), de la presse lyonnaise, de certains distributeurs et cinémas auquel j’ai écris,  je ne suis pas venu à la soirée d’inauguration du Festival du film Palestinien le 2 avril au Comoedia.

Pourquoi ?

Mon film révèle l’existence d’un mouvement solidaire des palestiniens qui n’est pas banal. En France, c’est à Lyon que s’est constitué le groupe le plus actif et le plus important de ce mouvement. Dans la mesure où dans le cadre de ce festival il n’a été programmé que dans un seul cinéma, à Chambéry, le public lyonnais n’aura plus jamais l’occasion de le voir.

Bilan lyonnais : Cinéma Opéra, 50 spectateurs, parmi eux, une majorité de Femmes en Noir et de militants qui les connaissaient déjà.

Maison des Passages : 70 spectateurs, dont de très nombreux militants ou ex-militants qui ne sont plus à convaincre sur le caractère colonialiste et le comportement criminel d’Israël vis à vis des Palestiniens, et où le débat autour du film a été pratiquement inexistant. Alors pourquoi faire un film ? Et dans ce cas pourquoi inviter le réalisateur ?

Finalement, le plus important est bien ce qui se passe dans le réel.

Plus important que le cinéma est ce qui se passe en Palestine, celles et ceux qui crient haut et fort dans la rue pour inlassablement révéler ce qui s’y passe comme le font les Femmes en Noir.

Avaient elles vraiment besoin d’un film, ces femmes, qui leur rend hommage ?  NON. J’aurais du compter le nombre de personnes qui passent devant elles, les yeux baissés, complètement ailleurs perdues au plus profond de leur nombrilisme, tapotant frénétiquement sur leurs portables en passant dans le champ de la caméra.

Je croyais que, en exposant dans un film la parole et les convictions de ces femmes du peuple, remarquables à l’âge qu’elles ont, la situation, le vécu réel des palestiniens serait plus largement apprécié, écouté et donc connu. Et bien non, ça ne marchera jamais. Comment un distributeur pourrait s’intéresser à un film qui n’a été vu dans un cinéma à Lyon que par 50 personnes en 6 mois ? Comment pourrait il prendre en compte les 70 personnes à la Maison des Passages qui n’est autre qu’un lieu où ceux qui viennent ne sont plus à convaincre sur les méfaits du colonialisme ?

Voilà une autre réalité !

En conclusion ce sont 130 personnes qui auront vu ce film à Lyon dont une grande partie avaient déjà connaissance de ce mouvement C‘est sans aucun doute beaucoup moins que le nombre de celles et ceux qui les ont vues, regardées et parler avec elles depuis 17 ans, chaque vendredi place des Terreaux.

Le plus important, c’est donc bien elles : les femmes de la place des Terreaux, bien plus fortes et plus efficaces que le cinéma qui finalement ne sert à rien. Si, il ne sert qu’à contenter ceux qui sont convaincus depuis longtemps.

Pour un petit réalisateur comme moi, faire un film aujourd’hui est trop de soucis en comparaison du travail qu’il demande et du si peu d’intérêt qu’il suscite dans les lieux les plus élémentaires de diffusion.

Je mets ma caméra au placard.

Je n’oublierai pas la participation des uns et des autres,  de tout ce qui a été fait pour mon film, donc Erap et le collectif 69, Dominique Noly et puis l’AFPS, Sylviane Champ qui est formidable, Couleur Palestine, Les amis du monde diplomatique, les seuls finalement à avoir apprécié ce film avec les quelques autres personnes curieuses qui sont venues le voir

La question de la Palestine est un sujet qui dérange, qui ne fera jamais recette dans l’industrie du cinéma commercial , même auprès des salles qui se proclament « Art et essai ».

Mais ce film ne sera jamais autrement apprécié et vu que dans le cadre des activités militantes concernées, pour lesquelles je répondrai toujours présent.

Après Chambéry et le printemps Palestinien à Nancy où le film a eu bien plus de succès qu'à Lyon, peut-être Firminy en septembre, je mettrai le film sur Youtube avec la version VOST en anglais en espérant que le film pourra être vu ailleurs qu'en France.

En définitive, faire un film sur de tels sujets n'intéressent que ceux qui sont convaincus de la nécessité d'agir contre toutes les injustices.

la preuve est bien là :

- A Chambéry, le 6 avril 2019, les 90 spectateurs étaient pour la plupart des militants ou sympathisants de l'AFPS (Association France Palestine, Solidarité) qui avaient participé aux 6 heures pour la Palestine où eurent lieu de nombreuses conférences passionnantes.

 

- Toujours à Chambéry, le 3 mai suivant, malgré le rappel des organisateurs du Festival, et conforté par le succès précédent du 6 avril,

8 spectateurs sont venus.

Je n'ai plus rien à ajouter.

Heureusement, il y a encore des commentaires qui font vraiment plaisir ...

Il reste encore quelques festivals auxquels j’ai inscrit le film. Mais je n’y crois plus.

Philippe d'Hennezel