BRIGITTE LA FEMME DE MA VIE 1- 2
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Brigitte
Pas d'adieu ni d'au-revoir !
Merci Léo pour ton chant céleste ! Avec le temps va, tout s'en va, nos plus chouettes souvenirs …
Cela va faire bientôt deux ans que je suis en deuil, Brigitte n'étant plus à la maison. Consciente dès le début de son état qui se dégrade, la vie pour elle est devenue une épreuve trop cruelle.
Brigitte, ce qui me rassure, tu n’es pas au paradis ni en enfer, ces deux mondes imaginés qui n’ont fait que nous encombrer l’esprit. Le seul paradis qui existe est celui de l’amour qui nous fait oublier les feux de l’enfer dans lequel plonge notre monde malade. Toujours plus de guerres, de génocides, de haines, de misères et d’inégalités.
Ce n’est vraiment pas ce que nous espérions, Brigitte, tu te rappelles quand en 1968 nous nous étions découvert sur un chemin de montagne les mêmes rêves criés très haut dans les rues de Paris ! Faites l’amour, pas la guerre !
C’est bien sur ce chemin que nous avons parcouru notre vie. L’espoir d’un monde meilleur pour toute l’humanité en nous engageant dans la lutte. Sans le savoir, ces sublimes paroles de Victor Hugo étaient déjà en nous, toi et moi : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ». Il est clair que nous n’avons pas réussi à transmettre cela, tant le social est écrasé sous le poids de l’impérative course à la consommation, victime de la rapacité criminelle des empires, et aveugle au pouvoir absolu des nouvelles technologies.
Oui Brigitte, une vie entière à ne pas vouloir cela, j’ose le dire, car c’est bien ce qui nous rapprochait tellement que nous n’étions plus qu’une seule personne, unique, tellement que parfois un seul regard suffisait à nous comprendre, et nous épargnait de rappeler à chaque fois nos convictions.
Voilà ce qu’était pour moi ma vie avec toi.
Pourquoi tu n’es plus là, mon ange, et moi qui reste là, avec mes pleurs, à déplorer cette abominable maladie qui t’as anéantie et qui jusqu’au bout te condamnait à fermer les yeux pour l’éternité.
Quand on ne trouve pas dans son entourage assez de personnes qui aident à soulager nos peines, il faut aller voir ailleurs, dans les écrits de certains hommes qui ont révélé une autre vision de la vie et de la mort. Comme cet indien dont je tairai le nom, ce philosophe trop méconnu d’une autre époque. Mystique ? Allez vous le croire au regard de ses racines indiennes ? Bien au contraire, rejetant avec détermination tout dogmatisme, l’ensemble de lois et de règles qui ne sont pas forcément les nôtres … christianisme, matérialisme, protestantisme, islamisme… etc. NON ! Ce qui me convient dans cette religion indienne est qu'elle nous dit depuis très longtemps : "Nous sommes des poussières d'étoiles". Autrement dit : les éléments qui composent un soleil et qui le font exister brûlent aussi dans nos chairs. Quelle lumière éclatante et quel réalisme pertinent dans ce philosophe en nous invitant à réveiller en chacun de nous nos facultés de penser et d’agir totalement en être humain. Ayant vécu de 1895 à 1986, il fit des conférences dans le monde entier et était écouté dans toutes les écoles et universités, mais n'était pas prophète et ne pouvait imaginer que seraient menacées nos capacités humaines, celles d’aimer, de se cultiver et de s’émouvoir, et encore celui du bonheur à voir un enfant qui naît.
Il nous disait : « Nous avons peur de la mort parce que nous n'avons jamais vraiment vécu. Il ne s'agit plus de savoir ce qui se trouve au-delà de la mort, mais pourquoi nous ne vivons pas vraiment dans le présent, et comment nous pourrions enfin vivre ».
Brigitte, quel aurait été le sens de ta vie, s’il n’y avait eu dans ton cœur autant de compassions pour ceux qui n’ont pas bien vécus ? Voilà bien le message que tu nous a laissé. Et combien fut ton déchirement à vivre l’épreuve d’une maman qui a perdu son enfant !
Comment est-il possible que les foudres du ciel aient pu te frapper à ce point d’une injustice que personne ne mérite ? Comment se fait-il que les foudres du ciel ne tombent pas sur la tête de ces bandits, les tyrans qui gouvernent le monde ?
Quelle absurdité à vouloir l’éternité ? Décidément, le cerveau inculte de ces technocrates qui en rêvent, incapable d’en mesurer les conséquences qui seraient catastrophiques, est bien incapable de mesurer ce qu’est le prix d’une vie. Parce que sur notre terre, messieurs les ingénieurs de la Silicon Valey, je vous le dis, il n’y a rien de plus précieux que la vie ? Et aujourd’hui, d’une seule vie, la tienne ! Une vie à s’émerveiller ou parfois désespérer, faire battre son cœur à parcourir les mots d'un auteur formidable et les partager, une vie à voyager dans la mémoire et au-delà des horizons, à rencontrer ailleurs d'autres hommes, d'autres femmes et d'autres enfants qui eux aussi auraient tant d'histoires à raconter.
Merveilleuse Brigitte ! Ton histoire est unique, va t'elle s'écrire dans le ciel au delà des nuages ou sur les pages d'un grand livre ? Oui, comme tout ce qui a été vécu par chaque être humain depuis la nuit des temps. Oui, parce que chaque être humain peut se reconnaître dans tout ce qui a été écrit. Oui, Brigitte, pour tes enfants et tes petits enfants, et vous aussi qui êtes ici, amis et tous qui l’ont approchée, tu es comparable à une étoile qui s’est éteinte dans le ciel.
Philippe
Lettre de Brigitte écrite en 2012
Lettre à Lola, Lucas, Géraldine : l'individualisme
ECHEC ET SIDERATION ou pour finir sur un dialogue de sourd
Ecoutons maintenant les chants qu'elle aimait

