VICTOR HUGO

Un monument de la littérature

« L'avenir arrivera t'il ? il semble qu'on peut presque

se faire cette question quand on voit tant d'ombre terrible

Sombre face-à-face des égoïstes et des misérables

Chez les égoïstes, les préjugés, les ténèbres de l'éducation riche,

l'appétit croissant par l'enivrement,

un étourdissement de prospérité qui assourdit, la crainte

de souffrir qui, dans quelques-uns, va jusqu'à l'aversion

des souffrants, une satisfaction implacable, le moi si enflé

qu'il ferme l'âme ; — chez les misérables, la convoitise,

l'envie, la haine de voir les autres jouir,

les profondes secousses de la bête humaine vers les assouvissements,

les cœurs pleins de brume, la tristesse, le besoin,

la fatalité, l'ignorance impure et simple

Faut-il continuer de lever les yeux vers le ciel ?

le point lumineux qu'on y distingue est-il de ceux qui s'éteignent?

L'idéal est effrayant à voir ainsi perdu dans

les profondeurs, petit, isolé, imperceptible, brillant,

mais entouré de toutes ces grandes menaces noires

monstrueusement amoncelées autour de lui ; pourtant pas

plus en danger qu'une étoile dans les gueules des nuages »

Victor Hugo

Les Misérables


IVe partie, livre 7 chap.IV

 

 

Ce texte remarquable n'est il pas toujours d'actualité ?