39 - TROISIEME VISITE AU GRANDMONT

 

SOMMAIRE

Le Grandmont appartient au frère du maire de Viomenil - Mme Blot y est née - Ses souvenirs,   Girouettes et cheminées monumentales, photographie du petit étang - Plans du domaine sous Louis XI - Ses derniers propriétaires de notre nom, mesdemoiselles de Ranguilly de la Rochère - Découverte du fronton armorié de 1594 - Évocation d’évènements dont il fut témoin, le meurtre de la justice d'Escles en 1621 - Lettres de rémission du duc Henry en faveur de Mm. d'Ormoy - Les ravages de la peste en 1610 - Bonté de nos ducs - Nous rendons le fronton au sol qui l’abritait.

 

Note de 1945

 

Henri Larose tué en mai 1940 dans le nord. Pierre Demurger prisonnier au maquis de Grandrupt en septembre 1944. Mort près de Dachau.

 

Le Grandmont appartient à M. Durieux-Lecoanet, frère du maire de Viomenil. Il en a fait un pâturage planté de cerisiers.

 

Mme Blot, née Valentin de Viomenil, est née au Grandmont, elle y a connu deux maisons distinctes et une grange mitoyenne. L’une de ces maisons était flanquée d’une tour octogonale dans laquelle se trouvait l’escalier. Il existait sur cette tour, au sommet du toit pointu, une girouette. Une tempête l’ayant arrachée, un domestique la ramassa et l’accrocha en haut d’un arbre, elle a disparu depuis.

 

La tourelle encore debout en 1901, n’avait plus alors son toit pointu, elle avait été tronquée à hauteur de la maison et recouverte d’une toiture plate. Il y avait, parait-il, dans la maison, deux cheminées monumentales ornées de sculptures.

 

En fouillant les décombres recouverts de broussailles et d’orties, nous retrouvons le fronton de l’ancienne porte de la tour enfouie sous les décombres. On le redresse et je puis en prendre une photographie. La vue de cette pierre me rappelle un drame qui se passa au Grandmont à la fin de 1621 et dont Christophe d'Ormoy, notre ancêtre, qui fit sculpter ce fronton, fut la cause involontaire.

 

Les moeurs de ce temps là différaient bien des nôtres, il ne faut pas l’oublier. La vie était plus rude, plus franche, moins compliquée. La liberté d’allure s’accompagnait d’une liberté de langage qui blesserait la pudeur hypocrite de notre temps. Des rixes éclataient pour des motifs souvent futiles, les meurtres étaient fréquents. Les gentilshommes verriers étaient particulièrement irritables et batailleurs. Très chatouilleux sur le point d’honneur, ils étaient d’autant plus portés à prendre la défense de leur qualité et de leurs droits que certains d’entre eux menaient une existence peu différente des campagnards de leur voisinage. Et les hommes de loi, les agents du fisc prenaient volontiers le prétexte de la simplicité de vie des verriers, pour contester leur noblesse et leurs privilèges, on cherchait à les traiter et les taxer comme des roturiers.

 

Le drame dont cette pierre fut témoin, eut justement pour origine, un procédé blessant d’homme de loi. Voici l'affaire, d’après le texte même des lettres de rémission, comme on disait alors, accordés par le duc Henry de Lorraine à notre ancêtre et à son fils aîné, accusés d’homicide par imprudence, bien qu'ils n’aient pas été les auteurs du meurtre.

 

Le 2 septembre 1621, Demange Fremiot, doyen de la justice d’Escles faisant les fonctions d’huissier, se présenta à la porte d’entrée du Grandmont. Il est, dit-il, porteur d’une lettre pour le maître du lieu, il s’agit d’une citation à comparaître devant le maire d’Escles adressée à M. d'Ormoy - pour quel objet... il refusa de le dire - Christophe de Hennezel répond « je suis gentilhomme, en cette qualité je suis justiciable seulement du bailli de Vosges, je n’ai pas à répondre à une citation du maire d’Escles. Je ne m’y rendrai pas ». Il invite Fremiot à ne plus revenir lui intimer des ordres qu’il n'a pas à recevoir. Le bonhomme s’en va.

 

Huit jours plus tard, un lundi, il revient, accompagné cette fois de deux habitants d’Escles. Il demande simplement à voir le maître de la verrerie pour lui donner les raisons de sa visite. M. d’Ormoy consent à le recevoir. Il le fait entrer dans une des salles de la maison. Là, Fremiot commence par embrasser le gentilhomme – c’était la coutume courante de cette époque - puis, il tire de son pourpoint l’assignation dont il est porteur et en commence la lecture.

 

Dés les premières phrases, Christophe d’Hennezel comprend qu’il est berné, on veut le forcer à entendre le contenu de l’assignation. Il s’emporte, il considère le procédé de Fremiot comme une insulte. Piqué au vif, il le traite de bélître, de coquin. Il s’emporte, il somme le bonhomme de sortir de chez lui instantanément. Il empoigne le premier objet qui lui tombe sous la main - un flacon de verre - et le jette à la tête du doyen, sans l'atteindre ailleurs.

A  bruit de l’altercation, entre dans la pièce, un autre gentilhomme travaillant alors au Grandmont, Nicolas du Houx, seigneur de la Chapelle. M. d'Ormoy lui donne les raisons de sa colère, les prétentions inadmissibles du maire d’Escles, formulées pour la seconde fois par le doyen de justice, celui-ci avant fait le bon apôtre pour s’introduire dans la maison, malgré l’interdiction qui lui en avait été faite.

 

M. de la Chapelle prend fait et cause pour son cousin, il s'écrie que cette injure le touche pareillement. Fremiot proteste de sa bonne foi, il veut s’expliquer. Nicolas du Houx a aussi la tête près du bonnet. Ayant saisi un levier, il en frappe le malheureux avec une telle furie que celui-ci mourut le lendemain, au point du jour. Cependant Adam de Hennezel, fils aîné de M. d’Ormoy, qui était encore couché dans son lit pour avoir travaillé de l’art de verre en table toute la nuit, en entendant la voix de son père, se jette en bas de son lit, en chemise et pieds nus, il arrive en renfort dans la salle. Il bouscule le doyen qu’il ne savait pas si gravement blessé et le met à la porte du manoir avec un coup de pied au derrière - sans lui faire cependant autre mal.

 

L’affaire vint en justice, la veuve et les héritiers de la victime reconnurent que Mm. d'Ormoy n’étaient pas les auteurs du meurtre, ils acceptèrent les dommages et intérêts proposés par Christophe de Hennezel et son fils. Ceux-ci adressèrent alors une supplique à leur souverain pour que soient établies les circonstances du drame. Ils voulaient être restitués en leur honneur et bonne renommée, comme ils l’étaient avant la mort tragique de Fremiot.

Le duc Henry accéda à leur désir, il déclara le père et le fils absous et pardonnés, à la condition qu’ils paieraient les frais de justice, quitte à se retourner contre M. de la Chapelle (1er décembre 1621).

 

Comment Nicolas du Houx qui avait porté le coup mortel, se tira-t-il d’affaire..., je l’ignore. Mais l’indemnité versée à la veuve et les frais du procès furent assez élevés. Pour y faire face Mm. d'Ormoy durent aliéner la moitié du  moulin du Corroy, situé sur leur seigneurie de Bousseraucourt.

 

Une dizaine d’années auparavant, sous ce linteau sculpté, était passé un défilé de cercueils. C’était en 1610, la peste sévissait au pays de Vosges. Au Grandmont, la première victime de l’épidémie fut le gendre du maître de verrerie Abraham de Thysac. Gentilhomme qui avait pris à ferme la collecte des impôts sur les verres fabriqués dans la région. Il mourut à l’automne. Sa veuve, Lialle de Hennezel, fut à son tour atteinte  elle « alla de vie à trépas » environ la St Martin, laissant une fillette au berceau. La contagion frappa d’autres enfants et des domestiques de Christophe, en quelques semaines trente personnes périrent de la peste au Grandmont.

 

Ne pouvant arrêter le fléau, M. d'Ormoy se décida à fuir avec sa petite-fille Marguerite de Thysac, âgée de huit mois. Il abandonna sur place son mobilier, ses provisions, son bétail. Le Grandmont resta désert plusieurs mois. Lorsqu'au printemps, le maître verrier regagna sa demeure, il constata qu’elle avait été pillée et la maison se trouvait endommagée par les intempéries. Comme au moment de son décès, M. de Thysac était redevable au trésor ducal d’une certaine somme, les agents du fisc prétendaient en exiger le paiement de la petite orpheline, et ils voulaient contraindre son grand-père à faire l’avance de la somme due.

 

Mais M. d'Ormoy n’était pas homme à se laisser faire, il se plaignit directement au duc, en contant tout au long ses malheurs récents. Le souverain ordonna une enquête. Elle fut favorable au gentilhomme, non seulement il obtint la remise de la dette de sa petite-fille, mais encore un secours pour remettre en état le Grandmont dévasté et une certaine quantité de grains, pour ensemencer ses champs (30 avril - 18 juin 1611).

 

 

NOTE DE 1946

 

Larose lieutenant-colonel en retraite habite Pierrefitte, son fils Henri a été tué en 1940, sergent-chef au 14ème zouaves. Son neveu Pierre Demurger qui faisait en 1944, partie du maquis de Grandrupt a été fait prisonnier et est mort à Dachau.

 

 SECONDE VISITE AU TOURCHON

  

Photographie de la cheminée armoriée de la maison Hemmerlin - Le contrat de mariage de Georges de Thietry de la Pille avec Anne de Hennezel de la Sybille, signé à la verrière du Fay, le 4 octobre 1660. Le même jour, Jacques de la Sybille prononce le serment du « noble art du grand verre » - Disparition de ce rite séculaire - Photographie de la porte gothique de la chapelle Ermitage, citée en 1549 dans un dénombrement, en 1689 dans un partage, en 1713, dans la vente de mademoiselle de Bomont, dernière de notre nom au Tourchon - Au XVIII° siècle, ce domaine appartient à des Finance et des Bigot - Visite rapide à Clairefontaine et au Hastrel.

 

Note de 1945:  Georges Varlot a transporté à la Pille, en 1942, une autre pierre sculptée aux armes des Hennezel découverte par M. Hemmerlin.

  

En arrivant au Tourchon, je photographie la cheminée armoriée mais comme l’éclairage est insuffisant, je dois faire une pose de près d’une demi-heure. Je photographie ensuite la porte gothique de l’ancienne chapelle Ermitage...

 

Note de 1945

 

Il y a quatre ans Georges Varlot m’écrivait qu’il avait retrouvé au Tourchon dans les éboulis voisins de la maison Hemmerlin, une pierre sculptée provenant d’un manteau de cheminée.

 

 

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