RUPTURES

 

Roman de Christian d'Hennezel

 

PRÉFACE de Philippe d'Hennezel

 

 Des livres, il y en a des millions et des millions. en voici un de plus. Celui-ci est né le 24 février 1992, lorsque je l'ai découvert, sur une étagère, à côté d'un lit dont les draps étaient rouges de sang, le sang de mon frère qui, deux jours avant, s'était donné la mort.

 

Il venait de le terminer. Son dernier acte, c'est encore l'histoire d'une rupture, mais cette fois définitive. Fin d'un contrat, ce même contrat que l'on signe tous en naissant, sans trop savoir pourquoi ni pour quelle durée.

 

A l'inverse de ceux qui s'empressent de goûter aux plaisirs du monde, Christian aurait pris le temps et la peine, dès son enfance, de lire jusqu'au bout les clauses restrictives et contradictoires de ce maudit contrat, qui portent en elles le mal de vivre : les interdits, l'indifférence, l'incompréhension, le mépris, le profit, le pouvoir, l'argent, la guerre...

 

Il reste de tout homme une "trace" qui ne s'effacera jamais. Elle est l'énergie qui s'efforce de construire ou détruire un monde. Elle dépend d'un monde qui peut aussi la détruire.

 

Pour ceux qui connaissaient bien Christian, ils savent de quoi je veux parler. Il ne cessera jamais d'être vivant en nous, même si ce roman reste au fond des tiroirs, ou dans la mémoire de l'ordinateur. Tout ce qu'il a laissé de rêves, d'espoir, d'amour, de rires, d'exigences et de souffrances, restera le plus grand et le plus généreux des héritages. Puisqu'il n'avait plus rien, il ne pouvait que léguer son énergie : l'énergie des mots.

 

Christian ne nous a pas laissé que ce roman. Il a écrit également des nouvelles et des poèmes qui, j'espère, seront édités.

 

Nous avons perdu un ami.

 

Parfois, nous voudrions croire à l'immortalité de l'âme, pour vivre cet instant suprême de bonheur, qui serait de retrouver un jour, dans un autre monde, un autre siècle, ceux que nous avons aimés, ne serait-ce que le temps de leur toucher l'épaule, et de leur dire "je t'aime" . Histoire de rattraper le temps perdu, comme si l'on se sentait coupable de ne plus oser prononcer cela, peut-être parce que "cela" a trop souvent été dit au cinéma, entre deux acteurs qui jouent comme dans la vie, sans jamais en mesurer l'importance, ou s'interroger sur sa part de vérité ou de mensonge.

 

Je vois entre ces mots que l'on n'ose plus dire, dans le silence des étoiles qui n'entendent pas le cri désespéré des hommes, la promesse de ce monde qui n'existe pas encore, mais que nous construisons, petit à petit, avec la sagesse et la patience d'un dieu à réinventer.

 

Je vois entre les mots de ce roman, cet essentiel trop souvent caché, mais ici toujours présent et d'autant plus fort qu'il n'est pas porté par des êtres exceptionnels, comme ceux que l'on nous décrit dans la plupart des histoires écrites : n'y a-t-il pas autant d'héroïsme à vivre le quotidien, à regarder les autres comme le miroir déformant de notre propre conscience, à supporter leurs regards incertains, leurs différences visibles et invisibles, leurs gestes maladroits ou calculés, leurs passions démesurées ou leurs froideurs mystérieuses ?

 

Je vois entre ces personnages, toute la magie de la "banalité" qui donne aux grands de ce monde le pouvoir et la richesse indestructibles.

 

Je vois dans ces vies ordinaires toute la force qui détruira un jour ceux qui les méprisent.

 

Je vois des images bouleversantes qui feront exploser les tubes cathodiques, des rêves insensés qui naîtront par milliers dans les rues, des raisons formidables de vivre sans peur de la fin, de la mort.

 

  A Vlasta, à Caroline

 

  Philippe d'Hennezel

 

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