37 - VAUVILLERS

 

VII  SOMMAIRE

 

PEU-D’AQUET

 

 Hameau perdu.

 

Note de Ppdh : pas si perdu que ça....

 

PONT DU BOIS

 

Centre de hauts fourneaux séculaires - Alliances Thietry et Hennezel avec la famille Fricaudel - Armes de cette famille.

 

AMBIEVILLERS

 

M. Henry Albert, détenteur de documents sur la verrerie de Selles - Le plan de l’acensements de 1760 - Spécimen d’objet en verre noir – L’abbé de Finance, curé de la paroisse, mort chez sa soeur d’Avrecourt au Morillon (1780). Son testament, l’inventaire de son mobilier.

 

FONTENAY LE CHATEAU

 

Situation de ce bourg - Jehan Chevalier, châtelaines receveur ducal, entraîne les Hennezel en Angleterre (1568) - Importance de la forteresse du moyen age - L église et le tombeau de Yolande de Ligne, duchesse d'Esvre (1611) - Les ruines du château où fut incendiée la charte des verriers - le poète Gilbert enfant de Fontenoy.

 

VAUVILLERS

 

 

Bourg important, d’aspect citadin, duché pairie du maréchal de Clermont-Tonnerre en 1775 - Le château construit par ce grand seigneur, aujourd'hui hôtel de ville - Un logis renaissance prétendue maison natale du cardinal Sommier - Le bailliage de Vauvillers, centre d’affaires des verriers de la Rochère, du Morillon, de Selles, de Gruey.

 

Nous poursuivons notre route, en traversant le hameau voisin, Peu-d'Aquet, un drôle de nom, motivé sans doute par la médiocre qualité du sol qui n’enrichit pas ceux qui le cultivent. Les familles de gentilshommes, détentrices de la verrerie étaient en rapports quotidiens avec les habitants de ce petit village. Quelques unes de leurs filles, sans biens et souvent illettrées, furent séduites par les laboureurs de Peu-d'Aquet. Elles devinrent leurs femmes, après en avoir eu des enfants....

 

La route descend vers Pont-du-Bois, commune assez proche de la rive droite du Coney et du canal. On rencontre quelquefois ce nom dans nos vieux papiers

 

Ce village est un centre industriel où flambent depuis des siècles, d’importants hauts-fourneaux. Dans la deuxième moitié du XVI° siècle, il y eut alliances entre nos familles et celle d’un maître de forges de Pont-du-Bois. Melcienne de Thietry, veuve de Nicolas de Hennezel, un des fondateurs de la verrerie de Houldrychapelle, convole en deuxièmes noces avec Nicolas Fricaudel, qui exploitait les fourneaux de Pont-du-Bois (vers 1570). Le fils aîné de cette dame, Hector, auteur de la branche de Champigny, épousa Mane Fricaudel, fille de son beau-père. Les généalogistes l’ont appelée Manne ou Emone de Fricaudel. On voyait dans le blason de cette jeune personne, un champ d’or avec une fasce d’azur, et trois flammes de gueules, symbolisant peut-être la petite rivière passant près de Pont-du-Bois, et les trois feux d’affinerie qui fonctionnaient déjà dans ce lieu, en ce temps là (vers 1590).

 

Vauvillers s’étale sur un plateau dénudé et sans charme. Le bourg est cependant important (mille habitants), la rue principale, fort large et bordée de trottoirs a un aspect plus citadin que campagnard. Les boutiques sont nombreuses, bien tenues, achalandées.

 

La terre de Vauvillers était considérable. Elle fut longtemps l’apanage de la maison du châtelet qui y faisait battre monnaie à ses armes. Après la conquête de la Franche-comté, elle passa aux Clermont-tonnerre. Louis XVI l'érigea en duché-pairie en faveur de Gaspard, marquis de Clermont-Tonnerre, maréchal de France, en récompense de ses services militaires éminents. Le roi voulut asseoir cette pairie sur le marquisat de Vauvillers, comme étant, disent les lettres, l’une des plus belles et des plus anciennes terres de la province de Franche-comté, possédant un noble et ancien château, capable de maintenir le titre et possédant un bailliage qui jouit de toute ancienneté, des mêmes privilèges que les bailliages royaux  (1775).

 

Gaspard de Clermont-Tonnerre avait une fortune considérable, il épousa deux femmes fort riches. Il construisit au milieu du bourg, le château devenu aujourd’hui propriété communale et mairie. Le duché de Vauvillers fut crée quelques années avant la mort de son titulaire qui s’éteignit à Paris en 1781, agé de quatre vingt trois ans. Son fils aîné se vit dépouiller de Vauvillers en 1789, et mourut en 1794. Le cadet fut abbé de Luxeuil.

 

Nous arrêtons la voiture dans la grande rue, en face de la porte monumentale qui donne accès dans la cour d’honneur du château.

 

 

C’est un portail cintré en anse de panier, entre deux colonnes aux fines cannelures coiffées de chapiteaux du plus pur style louis XVI et qui montent à une dizaine de mètres. Au-dessus, deux étages de fenêtres.

Passé sous une large voûte, on débouche en face du monument commémorant les enfants de Vauvillers morts pour la France, stèle de pierre surmontée d’une urne et entourée de bornes chargées de boulets. Les édiles du bourg ont évidemment eu le désir d’ériger en face de leur majestueuse mairie, un monument d’allure classique.

 

 

Dans la cour à droite la façade du château, vaste construction de pierres de taille, d’une trentaine de mètres de longueur. Elle a deux étages, le deuxième, compris dans un très haut toit à la mansard, me rappelle le toit de Véreux. L’architecture n’a pas de prétention, elle ne comporte aucune ornementation. La monotonie de cette façade, percée d’une quarantaine de fenêtres à petits carreaux, est rompue au milieu, par un léger avance que surmonte un haut fronton triangulaire en pierres appareillées. Celui-ci présente un oeil de boeuf rectangulaire du style Louis XVI. Sur cet avance les trois ouvertures qui éclairent le premier étage sont des portes-fenêtres donnant jadis probablement sur un balcon de fer forgé.

 

Malgré son extrême simplicité, cette construction impressionne par l’harmonie de ses proportions. L’on voit très bien, évoluant dans la cour d’honneur, le vieux cardinal de Clermont-Tonnerre et ses nobles hôtes. Cette belle demeure est intacte, mais elle est démocratisée sous l’oeil de boeuf du fronton, un panneau porte les mots « hôtel de ville ». Des enfants jouent sur les marches du perron et sous les fenêtres du rez-de-chaussée, des vieillards flânent dans la cour devenue place publique où devisent assis en se chauffant au soleil. En face de la porte d’entrées, une allée de tilleuls, taillés en charmille marque le départ du parc d’autrefois.

 

Nous repassons sous la voûte du portail, et nous trouvons en face, une rue fort étroite. Le capitaine de Massey veut nous y montrer la plus ancienne maison de Vauvillers, elle remonte au XVI° siècle. On l'appelle "la maison Roy".

Ce vieux logis est situé à l’angle de rues, il est précède d’une petite cour fermée par une grille et une porte, ou plutôt un porche en miniature, richement ornementé de goût renaissance. Ce porche est surmonté d’une arcade aux voussoirs taillés en diamants alternants avec d’autres martelés. Ces voussoirs supportent un entablement de palmes et de volutes, joliment sculptés. Au centre un mascaron est très en relief, deux autres têtes émergent des montants de ce gracieux édicule.

 

La façade de la maison est percée d’étroites et hautes fenêtres encadrées de fines moulures. Une charmante tourelle hexagonale flanquée en échauguette à l’angle du pignon, comporte sur chacun des trois cotés apparents, de petites fenêtres garnies de solides barreaux de fer.

Cette belle demeure aurait été au milieu du XVII° siècle, prétend on, la demeure natale du cardinal Sommier, archevêque de Césarée, érudit, auteur de plusieurs histoires de l’église. Or, c’est au village voisin de Montdore, paroisse dont dépendait autrefois Vauvillers, que ce prélat vit le jour...

 

Il ne nous est pas possible de visiter Vauvillers, sans nous rappeler qu’il était constamment hanté par les gentilshommes verriers habitant la Rochère, le Morillon, Selles, la paroisse de Gruey etc... Le bourg était le siège du Baage dont dépendaient leurs demeures. Aussi existe-t-il aux archives de la Haute-Saône nombre de procès, sentences, testaments, inventaires, actes tutélaires, requêtes etc... concernant nos familles. Certains de ces documents sont de véritables tranches de vie des générations ayant vécu de la fin du XVI° siècle jusqu’à 1789.

 

AMBIEVILLERS

 

 

C’est le village suivant. Nous nous y arrêtons pour questionner M. Henry Albert sur le passé de la verrerie de Selles. Heureusement, cet homme est chez lui après avoir entendu nos noms et l’objet de notre visite, il nous fait bon accueil.

Il y avait jadis à Selles nous dit-il, deux verreries, l’une de verre noir pour faire des bouteilles, l’autre de verre blanc fabriquée par les bohémiens. Ces nobles se faisaient concurrence. Il y eut des querelles entre eux.

Les bohémiens... ce sont les gentilshommes verriers descendant des quatre familles cités dans la charte de 1448. La tradition de leur origine persiste donc aussi ici.

Le brave homme ne sait pas grand chose d’autre, mais il offre de nous prêter une liasse d’anciens papiers et un plan de la verrerie remontant au milieu du XVIII° siècle. Nous acceptons avec empressement. Massey prend les documents, il se chargera de les dépouiller.

 

Le plan est celui de l’acensements. Il date de 1760. A cette époque, le domaine de la verrerie s’étendait sur deux cent quatre vingt huit quartes, soit environ quarante huit hectares (la mesure de Fontenoy vaut treize à trente). Il comprenait du bois, des champs, des prés, des jardins, etc... Plusieurs parties sont qualifiées fort mauvaises ou passables. le tout était indivis entre quatre détenteurs, M. de Beaupré, un Massey pour un quart, M. de Massey de la Rochère époux d’Agnès de Hennezel un huitième, M. de Massey habitant Darney un huitième, Mme de Fontaine, née Massey de Selles un quart, enfin M. du Bois du Morillon et de Massey de Romchamp, chacun pour un huitième.

Sur ce plan, l’acensement a la forme d’un triangle, au milieu d’un bouquet d’arbres. Son sommet, très aigu, pointe vers le nord. Les deux halles des verreries et six ou sept maisons, sont dessinées chacune avec un amusant petit panache de fumée, montant tout droit dans le ciel.

Au moment de partir, l’ancien propriétaire de la maison du petit Bacchus me fait cadeau d’un spécimen d’objet fabriqué jadis à Selles. Un porte allumettes en verre noir moulé, orné de fleurs et d’arabesques en relief. Quand on regarde le verre par transparence, le noir a des reflets jaune foncé. 

 

L église d'Ambievillers est moderne, elle semble sans intérêt  Nous ne la visitons pas. En passant à proximité, mon ami me fait remarquer qu’elle eut longtemps pour curé, un abbé de Finance du Morillon. Il était le beau frère de joseph II de Hennezel d’Avrecourt, dernier de cette branche. Après la mort de ce gentilhomme, sa veuve qui n’avait pas d’enfants, recueillit chez elle au Morillon, son frère, le curé d'Ambievillers, gravement malade. Il mourut au morillon le 13 novembre 1785.

 

A la sortie d'Ambievillers, nous passons de la Haute-Saône dans les Vosges  c’est a dire de la Comté en Lorraine......

 

 

FONTENOY-LE-CHATEAU

 

 

 

Ce bourg est important (deux mille cinq cents habitants) il aurait des prétentions de ville, s’il n existait à peu de distance d'ici, dans la Haute-Saône, un autre village appelé Fontenoy-la-Ville. Avant la révolution, ces deux Fontenoy dépendaient l’un de l’autre et se trouvaient en Lorraine.

 

Fontenoy, apage de la maison de Lorraine, était le chef-lieu d’un comté fort ancien et d’une étendue considérable. Il y avait ici une prévôté seigneuriale, aussi nos pères venaient-ils fréquemment à Fontenoy pour leurs affaires.

 

C'est de ce bourg qu’était originaire Jehan Chevalier, châtelain et receveur ducal au milieu du XVI° siècle. Homme d’initiative, il entraîna les Hennezel en Angleterre, au temps de la reine Elisabeth, après s’être assuré le concours d’un négociant d’Anvers. Ces deux hommes habiles, obtinrent de sa majesté britannique des lettres de privilèges importantes qui devaient permettre aux verriers lorrains d’introduire leur art en Angleterre (17 avril 1568). La postérité de ces gentilshommes existe encore outre-manche. Elle se multiplia énormément, au point qu’elle compte maintenant des représentants dans le nouveau monde et même en Australie. Jehan chevalier avait épousé une Hennezel de la branche du Hastrel. Revenu d'Angleterre, il s’installa dans le domaine de sa femme, y vécut encore une quarantaine d’années et y testa en 1610.

 

 

La situation ou château faisait de Fontenoy, au moyen âge, une place forte de premier ordre, entourée de remparts et facilement défendable. Elle ne put cependant résister aux assauts des écorcheurs. La forteresse fut incendiée par eux et elle subit encore le siège de Charles le Téméraire en 1476. Mais c’est au temps de Charles IV, qu’elle reçut le coup de grâce, ces remparts furent rasés et le château en grande partie détruit.

 

L’église se trouve au pied du coteau escarpé où s’élevait le château. Les parties les plus anciennes du monument sont gothiques, surtout l’abside, mais elles ont été très remaniées après la guerre de trente ans. Le portail et le clocher carré sont de style jésuite. A l’intérieur, on voit près du choeur, le tombeau de la princesse Yolande de Ligne, femme du dernier Croy, duc d'Esvres et comte de Fontenoy. Cette dame mourut au château en 1611.

 

C’est dans ce château fort que nos ancêtres avaient déposé primitivement leur précieuse charte de privilèges. L’acte original périt malheureusement au milieu du XV° siècle, lors de l’incendie de Fontenoy. C’est alors que les quatre grandes  maisons de gentilshommes verriers de la forêt de Darney, les Thysac, les Thietry, les Hennezel et les Bisval, obtinrent du duc de Calabre, l’octroi de nouvelles lettres rappelant leurs droits séculaires. Pour plus de sécurité, ils déposèrent cette charte renouvelée au château de Darney, sous la garde des chanoines. Ce document rappelle la destruction des lettres patentes primitives se trouvant à Fontenoy (15 septembre 1448).

 

 

 

 

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